The-Man-Who-Killed-Don-Quixote-la-mise-au-point-du-Festival-de-Cannes

Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle critique concernant un film attendu depuis maintenant 25 ans, réalisé par l'ancien membre des Monty Phyton Terry Gilliam. Un film dont l’acteur dans le rôle-titre a changé 5 fois avant de pouvoir être terminé qui a cumulé tous les malheurs y compris en post-production avant de pouvoir sortir enfin sur nos grands écrans. Je veux bien sûr parler du film qui a donner lieu à la naissance du documentaire « Lost in la Mancha » (que je n'ai pas regardé, Shame on me) : L'Homme qui tua Don Quichotte !!!

 

Tout d'abord je voudrai commencer par vous avertir qu'il y aura dans cette critique une zone spoiler mais comme je veux que cette critique soit accessible à tous et aussi parce que j'ai envie de vous faire aller voir ce film, la partie spoiler arrivera bien plus tard dans la critique. Commençons donc avec le synopsis du film, Toby un réalisateur de pub désabusé et cynique retourne en Espagne, sur les lieux de son premier tournage, pour réaliser une pub mettant en scène le personnage de Don Quichotte. Il apprend alors que l'acteur qui jouait Don Quichotte dans son premier métrage est devenu fou et se prend réellement pour Don Quichotte de la Mancha.

 

Alors je préfère mettre les choses au clair tout de suite, je n'ai vu ni le documentaire sur ce film, ni lu le livre dont il est l'adaptation et même je n'ai vu aucun film de Terry Gilliam. Je connais la théorie des réalisateurs qui dit que pour apprécier un film à sa juste valeur il faut l'englober dans la filmographie de son réalisateur (ce qui peut être important surtout dans un film qui est dans la tête du réal depuis un quart de siècle) mais je me dit que ce film a déjà souffert de l'impatience des spectateurs pour qu'en plus je me hype trop et me prépare à un film qui m'aurait peut-être déçu.

Donc entamons (enfin) la critique sans spoiler, tout d'abord j'aimerais parler des deux acteurs principaux Jonathan Pryce et Adam Driver qui jouent merveilleusement bien !!

Je dois avouer que j'ai déjà vu Jonathan Pryce dans Games Of Thrones et Pirates des Caraïbes mais dans ce film il m'a beaucoup plus ébloui que dans n'importe quel autre de ces rôles. Il est tout à fait dans son rôle de vieillard mais qui a la tête pleine de rêve et il a une voix mémorable dont je me souviens de beaucoup de répliques d'ailleurs. Comme le dit Toby, il a une gueule qui rappelle vraiment celle du personnage de Cervantes. De son côté, Adam Driver joue aussi très bien mais j'ai trouvé qu'on se concentrais un peu trop sur lui et j'aurais préféré voir plus de Pryce à l'écran (oui j’exagère). Mais Driver était très bien dans son rôle de réalisateur qui a perdu ses rêves d'étudiant cinéma au point où je n'ai pas fait le lien entre lui et Kylo Ren je n'ai tout simplement pas compris qu'il s'agissait du même acteur tellement je ne voyais plus l'acteur mais bien Toby Grisoni.

Évidemment cela ne veut pas dire que le reste du casting est mauvais ou moyen, on les sent tous très investi sur le projet. J'ai également bien apprécié la performance Óscar Jaenada avec son rôle hyper mystérieux dans lequel il s'éclate !! Non mais sérieux ce mec n'est nommé que comme « le gitan » dans la distribution. Et également la jeune Joana Ribeiro (seulement 26 ans donc le même âge que son personnage) qui joue très bien son rôle que ce soit dans la partie « adolescence pleine de rêves et d'espoir » et 10 ans plus tard avec une femme toujours aussi éblouissante mais qui connaît la réalité des choses. Pour finir avec les acteurs j'aimerais évoquer le rôle d'Olga Kurylenko (actrice française, que ce film est multiculturel) qui est le seul personnage cliché du film et je trouve ça assez drôle de placer un tel cliché dans un film qui bouleverse les codes tel que celui-ci.

Ensuite j'aimerai parler des décors, le film a été tourné en Espagne et Gilliam met vraiment en valeur les territoires ibériques que ce soit pour les anciens monuments, la ville de Los Sueños (qui est vraiment figé dans le temps un peu comme le personnage de Don Quichotte) et bien sur les paysages désertiques qui sont juste magnifiques !!

Il est également intéressant de remarquer que la façon de filmer de Terry Gilliam évolue de façon significative durant les deux heures du film. Au début du film on a une réalisation et une photographie très classique pour un film avec autant de passif et d’ambition. On pourrait dire que c'est même la réalisation d'une pub un peu comme ce que le Toby du début du film pourrait tourner. Cependant plus on avance dans le film plus la folie de Javier (l’homme qui se prend pour Don Quichotte) commence à transparaître sur le film et à y envahir dans son imagerie.

Alors je dois citer un petit bémol car c'est quelque chose qui m'a vraiment frappé à l'écran mais j'ai trouvé le peu d'effets spéciaux pas très « propres » mais c'est très pardonnable car le budget du film est très peu élevé, 16 millions d'euros c'est peu pour un film comme celui-ci et j'espère qu'il arrivera au moins à entrer dans ses frais, et donc le budget alloué aux effets spéciaux ne devait pas être très élevé. De plus après avoir vu la scène du Chevalier Noir du film Sacré Graal (réalisé par Gilliam ) je trouve que les effets de giclements de sangs sont très similaire ( évidemment mieux faits ) et peut être que c'est un hommage. D'ailleurs c'est quelque chose que j'ai beaucoup entendu dans certaines critiques de ce film c'est que Terry Gilliam fait un hommage à toute sa filmographie mais comme je l'ai dit plus tôt je n'ai pas vu ses films donc je m'abstiendrais de ce genre de commentaires. J'aimerais également évoquer l'humour du film, j'aime la comédie quand elle est bien faite et dans ce film c'est le cas

 

Évidemment, la forme n'est pas la seule réussite de ce film car le fond est également très intéressant !! En effet, j'ai dû aller voir ce film deux fois au cinéma avant de pouvoir faire cette critique (mais attention j'étais content de retourner voir ce film !!). Tout d'abord il y a plusieurs fois le 4ème mur brisé comme quand Toby éjecte les sous-titres hors de l'écran et que tout d'un coup tous les personnages parlent anglais ou quand en plein milieu du film quand Toby crie « Who the fuck wrote this ending ? ». Ce sont des moments qui me laissent assez perplexe et dont pour l'instant je n'ai trouvé aucune explication même en y réfléchissant bien car même la folie ne peut justifier de tels actes et de telles paroles.

Bon désormais je vais me porter sur quelques interprétations du film donc si vous n'avez pas encore vu le film je vous conseille vivement d'aller au cinéma le voir c'est vraiment un très bon film et de plus je trouve ça important d'encourager des cinéastes qui sont capables de tenir tellement à leurs projets qu'ils les gardent pendant plus de 20 ans !!!

 

Nous entrons donc en zone SPOILER, merci d'avoir lu la critique jusque-là si vous n'avez pas vu le film je vous reconseille d'aller le voir.

Je voudrais mentionner une des plus belles scènes du film à mon goût qui est celle dans le palais du russe quand Javier (toujours dans la peau de Don Quichotte) tombe dans un piège tendu par le russe pour s'amuser avec sa folie. Il le fait monter sur un cheval de bois (cheval de Troie) et l'emmène dans un scénario cependant, Javier y croit et tombe à terre, alors qu'il croit avoir sauvé de jeunes femmes, toute la salle se moque de lui et finit par rire à l’éclat. Je trouve que l'on ressent un pathos incroyable en voyant ce vieil homme qui ne comprend pas ce qui ce passe et qui veut tellement être gentil mais qui est victime des brimades des autres.

Je dois avouer que j'étais très pris dans le film au point où j'en ai oublié un des points principaux qui est le titre. En effet le titre du film est « L'homme qui tua Don Quichotte », et il veut bien dire ce qu'il veut dire : Don Quichotte donc Javier meurt. Et j'aimerais revenir sur toute la scène qui précède sa mort. Tout d'abord une petite remise en situation, tout au long du film Toby commence à ressentir les mêmes symptômes de folie de Javier, il voit les mêmes hallucinations que lui, il y a même un moment où il croit voir d'anciennes pièces de monnaie en or cependant il s'avère que ce sont des boulons (je reviendrais là-dessus plus tard). Ainsi dans l'acte final du film alors que Toby et Angelica veulent s'enfuir de chez le russkof, Toby est pris de folie et croit qu'Angelica va se faire brûler vive et il voit quelqu’un arriver et le pousse sans se rendre compte que c'est Javier et celui-ci tombe et meurt. Ainsi Toby qui a créer Don Quichotte l'a tué par la suite. Et d'ailleurs il y a une scène que j'ai trouvé très belle : quand Javier meurt il y a un éclair quand il y a un plan sur le visage de Javier puis quand on passe sur le visage de Toby on voit un second éclair comme si la volonté de Don Quichotte passait de Javier à Toby lorsque Javier meurt. Par la suite Toby a les mêmes hallucinations que Javier et se prend pour Don Quichotte tandis qu'il prend Angelica pour Sancho Panza. Et après avoir fait une chute qui devrait lui être fatale Angelica l'appelle Don Quichotte et alors il survit et s'en va à l'aventure avec Sancho. Et le film finit par un magnifique plan de Toby et Angelica chevauchant dans le soleil couchant.

Mais j'aimerai revenir sur cette histoire d'ancienne monnaie : quand Toby se rend compte qu'il s'est trompé il dit à son assistant « Mais c'est faux !! » et celui-ci répond « Tout est faux ici » et je trouve que c'est un message qui s'applique à l'ensemble du film. Au début je ne savais quoi penser de cette phrase mais après avoir discuté avec un ami il m'a dit qu'il pensait que Terry Gilliam lui-même était dans le film. Et pour moi c'est l'image du réalisateur qui est dans le film et j'ai réfléchi a qui était celui qui dirigeais un peu et qui avait mené à cette fin à la mort de Don mais également à sa « résurrection » : le gitan !! Je pense que ce personnage est la représentation du réalisateur dans le film car il mène les personnages dans leurs directions respectives et je trouve ça hyper réussi.

 

Alors pour en revenir à ma question introductive : ce film valait-il ces 25 ans ? Pour moi la question ne se pose pas (oui pourtant je la pose), en effet si Gilliam a continué son film et a fait autant de tentatives c'est parce qu'il voulait que son rêve se réalise et c'est pour cela que même si on peut avoir peur du résultat je pense qu'il est toujours intéressant d'aller voir un film pour lequel le réalisateur s'est battu corps et âme. Cependant cette question en pose une autre : celle de l'attente. Non pas de l'attente au sens de combien de temps il a attendu mais bien par rapport aux attentes que le public se fixe. Je me suis très peu renseigné sur le réalisateur et sur le passé du film (un minimum pour savoir que ce film était attendu) afin de rester le plus vierge possible au niveau de mes attentes et de ne pas être beaucoup déçu. Je pense qu'il est important de ne pas trop surestimer un film, le public joue souvent trop sur ses attentes et fini par jeter sa colère ou déception sur les réalisateurs mais cependant la seule faute d'une déception après s'être fait de nombreuses attentes, c’est la nôtre. Pour ma part j'ai aimé L'homme qui tua Don Quichotte et je suis très heureux d'avoir pu le voir au cinéma (deux fois) et je vous re conseille vivement de le faire !!!

quixote1000